Ceux qui sont ou ne sont pas obligés de jeûner
Tout le monde est obligé de jeûner et il est interdit d’agir autrement.
Les enfants jusqu’à l’âge de la Bar Mitsva/Bat Mitsva sont dispensés de jeûner et n’ont même pas besoin de jeûner quelques heures.
Une personne malade [même si elle n’encourt aucun danger] est dispensée de jeûner, et pourra manger et boire comme à son habitude [sans avoir besoin de le faire par petites quantités] car, en cas de maladie, les Sages n’ont pas institué le jeûne et il lui est interdit d’être strict avec elle-même en jeûnant quand même.
La définition d’une personne malade est la même que celle qui a le droit de prendre des médicaments pendant Chabbat, c’est-à-dire soit une personne alitée soit une personne dont la maladie affecte l’ensemble du corps au point de ne plus être fonctionnelle.
Une personne qui souffre d’un simple malaise, mais reste capable de s'acquitter de ses obligations quotidiennes, a l’obligation de jeûner.
Les femmes enceintes ou allaitantes ne jeûnent pas. La définition d’une personne enceinte est depuis le moment où elle sait qu’elle est enceinte [par quelque moyen que ce soit], et même si 40 jours ne sont pas passés depuis la conception. La définition d’une femme qui allaite inclut une femme qui continue d’allaiter, même si l’allaitement est partiel. Toutefois, si elle n’allaite plus du tout, et même si elle est encore dans les 24 mois suivant l’accouchement, elle devra jeûner.
Une femme qui a accouché [même si elle n’allaite pas] depuis moins de 30 jours ne jeûnera pas et l’on peut compter ces 30 jours d’heure en heure (Par ex : si elle a accouché à 19h23, elle ne jeûnera pas si le jeûne débute avant 19h23, 30 jours plus tard)
Une femme qui a fait une fausse couche : si la fausse couche a eu lieu après 40 jours depuis la conception, elle aura le statut d’accouchée, et ne jeûnera pas pendant les 30 jours qui suivent la fausse couche.
Il faut faire tout son possible pour être en mesure de jeûner, et celui qui sait que, s’il ne fait pas de grands efforts, pourra ne pas avoir le statut de malade, devra faire ce qu’il faut [se reposer par exemple] pour jeûner. Autre exemple, si le fait de ne pas travailler aidera la personne à se sentir mieux, elle ne devra pas aller travailler.
Les personnes dispensées du jeûne ne devront toutefois, pas manger de viande, ni boire de vin ni consommer des friandises/gourmandises ce jour-là.
Cependant, les enfants qui ne savent pas ressentir le deuil pourront en manger.
Comment se comporter la nuit avant le jeûne
Lois de la veille du jeûne
Le jeûne commence du lever du jour (Alot Hasha’har) et se termine à la sortie des étoiles.
Les principaux avis concernant le calcul du lever du jour sont :
- 90 minutes avant le lever du soleil (Netz).
- 72 minutes avant le lever du soleil (Netz).
Selon la Hala’ha, il est permis d’être indulgent et manger ou boire jusqu’au deuxième horaire (le plus tard des deux).
Plus loin, il sera expliqué que manger ou boire pendant la nuit précédant le jeûne est autorisé mais les personnes rigoureuses s’arrêteront de manger quand il fait encore jour [comme pour Tisha Béav]. Toutefois, dans les faits, ce n’est pas la coutume et même les personnes rigoureuses pourront se montrer indulgentes à ce sujet.
Selon la Hala’ha stricte, il et permis de manger de la viande et de boire du vin la veille au soir du jeûne, mais certains sont rigoureux à ce sujet.
(עי' סי' תקנ, תוה"ש יו"ד סי' קפה ס"ק י, סדה"י ענין יז בתמוז).
Il ne faut pas organiser d’événements la veille au soir du jeûne, à part pour une Séoudat Mitsva dont la date tombe ce jour-là (עי' הגהות חת"ס סי' תקסח), et il n’y a pas besoin d’être rigoureux de ne pas utiliser d’instruments de musique. Il est même possible d’organiser un mariage (עי' תוס' עירובין מ: ד"ה דלמא, שו"ע סי' תקנ ס"ג), toutefois, il convient d’éviter d’organiser des Chéva Bra’hotes [sauf en cas de circonstances exceptionnelles].
Débuter le jeûne en allant dormir
Même si nous avons expliqué que le jeûne démarre au moment du lever du jour [Alot Hasha’har], si quelqu’un dort d’un sommeil profond, son sommeil fera démarrer le jeûne et il sera interdit de manger et de boire même s’il se lève au milieu de la nuit.
Toutefois, un sommeil léger n’est pas considéré comme le démarrage le jeûne. Ainsi, si on se réveille avant le lever du jour après un sommeil léger, il sera permis de manger et de boire.
S’il a émis une condition avant d’aller se coucher en disant qu’il pourra manger et boire après qu’il se soit levé de son sommeil même profond, il sera autorisé de manger et de boire jusqu’au lever du jour mais selon le Zohar, [comme pour toutes les nuits de l’année], il ne faut pas manger en se réveillant au milieu de la nuit [après ‘Hatzot]. Mais celui qui, s’il ne mange pas, aura du mal à jeûner, ou ne pourra pas bien étudier, a le droit de se contenter de la loi stricte et de manger jusqu’au lever du jour, et, de toute façon, la consommation de boisson est permise même selon le Zohar.
Si quelqu’un a l’habitude, les autres jours de l’année, de dormir durant la première partie de la nuit puis de se lever et manger, son sommeil ne sera pas considéré comme le démarrage du jeûne et il lui sera permis de manger en se levant de son sommeil.
S’il s’est assoupi et endormi, même profondément, durant son repas, il pourra, en se réveillant, poursuivre son repas (avant Alot Hasha’har) [mais celui qui sera strict à ce sujet est appelé « Saint »].
Règles pour boire après avoir dormi la veille du jeûne : Pour les Sépharades, qui suivent les instructions de Choul’han Arou’h, il est interdit de boire si l’on n’a émis aucune condition avant d’aller dormir.
Pour les Ashkénazes, il est permis de boire même sans avoir émis de condition mais, a priori, il convient d’émettre une condition avant de dormir.
Si l’on se lève au milieu de la nuit, dans les conditions où il nous est permis de manger ou de boire, il sera permis de manger ou de boire sans aucune limite jusqu’au lever du jour (Alot Hasha’har).
Cela change des autres jours de l’année, où la Hala’ha est qu’il est interdit de commencer à manger du pain et des aliments « Mézonot » dans la dernière demi-heure avant le lever du jour [mais il est permis de manger des fruits, légumes et snacks (non Mézonot) sans limite], et il est interdit de commencer à boire une boisson alcoolisée plus d’un volume de Kabetza [mais il est permis de boire d’autres boissons sans limite jusqu’au lever du jour], mais quand le moment du lever du jour arrive, il faut s’arrêter (כמבואר בסי' פט סעיף ה ובמ"ב שם ס"ק כז). Et il y a lieu de se demander si la règle de ne pas avoir le droit de commencer à manger du pain ou des aliments « Mézonot » dans la demi-heure avant le lever du jour s’applique aussi pour les jours de jeûne car il est possible de dire que cette interdiction rabbinique aurait été décrétée uniquement de peur que l’on dépasse le temps de la lecture du Chema si l’on continuait à manger et ce risque n’existerait pas un jour de jeûne car on s’arrêtera de toutes façons de manger ou de boire avant le lever du jour.
Et voici qu’il est expliqué dans les paroles de la Guemara (Taanit יב) , du Tour et du Choul’han Arou’h (סי' תקסד) que l’on peut manger et boire jusqu'à l'aube, et par le fait qu’aucune limite ne soit mentionnée par les décisionnaires, il semble donc, que le jour du jeûne, il soit permis de manger et de boire jusqu’à l'aube sans restriction [au moins quand on n’a pas dormi la nuit. Mais si l'on dort et qu'on a fait une condition avant de dormir, alors selon la loi stricte c'est permis, mais selon le Zohar c'est interdit, comme expliqué précédemment].
Différentes lois applicables durant le jeûne
Se rincer la bouche
Il est permis de se rincer la bouche pendant le jeûne uniquement si l’on en souffrirait en s’en abstenant.Dans ce cas, il faudra pencher la tête en avant afin de ne pas avaler l’eau présente dans sa bouche.
Se brosser les dents
Puisqu’après s’être brossé les dents, il faut rincer sa bouche, et que le rinçage de bouche n’est permis qu’en cas de souffrance, il est donc interdit de se brosser les dents sauf en cas de souffrance [ou par respect pour les personnes que l’on va rencontrer].
Prise de médicaments
Comme nous l’avons expliqué plus haut, même un malade qui a le statut de « pas en danger » est dispensé du jeûne.
Mais si une personne est en bonne santé, ou ne se sent pas bien, et doit prendre des médicaments, il lui est permis de les prendre sans eau s’ils n'ont pas de goût.
Si elle ne peut pas les avaler sans eau, ou si les médicaments sont sucrés, elle devra rendre l’eau amer, soit avec du sel, soit en y mettant plusieurs sachets de thé sans sucre.
Goûter
Pour les Ashkénazes – goûter un aliment est interdit pendant le jeûne, même si l’on recrache ensuite.
Les Sépharades, qui suivent le Choul’han Arou’h, ont la possibilité de goûter à condition de recracher ensuite.
Le Choul’han Arou’h rapporte toutefois deux avis :
- Goûter est-il permis tant que l’on n’atteint pas le volume de Reviyit (volume d’une petite boite d’allumettes) au cours de toute la journée ? [en additionnant tout ce que l’on aura mis dans sa bouche et recraché].
- Ou bien, même goûter un Reviyit est permis et même plusieurs fois par jour mais goûter plus qu’un Reviyit en une fois est interdit.
La Hala’ha suit cette dernière opinion.
Fumer pendant le jeûne
Les cigarettes électroniques sont interdites. Les cigarettes normales sont permises, si l’on fume en cachette, pour celui à qui cela est beaucoup trop difficile [Toutefois, il faut préciser qu’il faut faire attention à ne pas fumer toute l’année].
Ecouter de la musique
Certains disent qu’il ne faut pas écouter de musique pendant un jeûne(קיצור שו"ע סי' קכב, וע"ע סי' תקסח סע' יב)et d’autres sont encore plus rigoureux en se l’interdisant depuis la veille du jeûne(עי' משנ"ב סי' תקנ סק"ו, וע"ע בא"ח שנה א פרשת דברים אות ה) [וראה לעיל, דיני ליל התענית, בדין מוזיקה בסעודות מצווה בליל התענית].
Se laver pendant le jeûne
A. La nuit du jeûne : Selon la stricte application de la loi (Me'ikar HaDin), il est permis de se laver à l'eau chaude comme d'habitude. [Il sera précisé plus loin qu'une personne particulièrement pieuse (Ba'al Nefesh) se montre rigoureuse et ne se lave pas du tout, même pas à l'eau froide, et ce, dès la nuit du jeûne].
Le jour du jeûne :
Pour les Séfarades : Il est permis de se laver à l'eau chaude comme d'habitude.
Pour les Ashkénazes : Il convient d'éviter de laver l'ensemble du corps à l'eau chaude (שעה"צ סי' תקנ ס"ק ח), Cependant, il est permis de laver tout le corps avec une eau dont on ne tire pas de plaisir de la chaleur (eau tiède ou froide), ou de laver uniquement son visage, ses mains et ses pieds à l'eau chaude.
[Il sera précisé plus loin qu'une personne particulièrement pieuse se montre rigoureuse et ne se lave pas du tout, même à l'eau froide].
Laver du linge, se couper les cheveux ou se raser
Selon l’essentiel de la loi, il est permis de laver du linge, de se couper les cheveux ou se raser pendant le jeûne.
[Et même si le Biour Hala’ha (au début du סימן תקנא) rapporte au nom du Elia Raba et du Peri Megadim (là-bas א"א ס"ק י) : « et il est possible qu’il faille être rigoureux le 17 Tamouz et le 10 Téveth comme de Roch ‘Hodech jusqu’au jeûne », et il en est de même dans le Derekh Ha’Haïm (lois de Bein Hametsarim), dans le Kitsour Choul’han Arou’h (סימן קכב) et dans le Ben Ich ‘Haï (Parachat Devarim), cependant, en pratique, c’est une erreur de copiste dans l’Elia Raba, et une ligne du Siman précédent y a été insérée par erreur. Par conséquent, selon la Hala’ha, il n’est pas nécessaire d’être rigoureux. Voir Daat Torah (sur place), voir aussi Tossefot (Erouvin 40b ד"ה דלמא) et le Choul’han Arou’h (סימן תקנ סעיף ג) à propos d’un mariage pendant un jeûne. Il convient également d’ajouter que les décisionnaires susmentionnés ont formulé leurs propos en se basant sur ce qui est écrit dans le Choul’han Arou’h (sur place סעיף ב, qui est la Hala’ha de la Guemara Yebamot 43b) selon lequel il faut restreindre les affaires et les constructions de joie à partir de Roch ‘Hodech Av jusqu’au jeûne, et c’est à ce sujet qu’ils ont écrit qu’il est possible qu’il faille également être rigoureux durant les autres jeûnes. Mais concernant les lois dont l’interdiction à partir de la semaine où tombe le 9 Av repose uniquement sur une coutume, comme la lessive et la coupe de cheveux, on ne trouve aucune rigueur à ce propos, comme cela est prouvé par ce qui a été mentionné plus haut, à savoir qu’il est permis de se laver à l’eau froide pendant un jeûne, bien que cela soit interdit pendant les neuf jours, car comme cela ne repose que sur une coutume, on n’a pas été rigoureux à ce sujet.]
Si l’on a oublié le jeûne et que l’on a consommé un aliment
Si l’on a oublié et mangé (même une quantité importante comme Kazayit, ou bu une quantité Melo Lougmav), il faudra, de toute façon, continuer le jeûne, et il ne sera pas nécessaire de jeûner un autre jour. Toutefois, pour se faire pardonner sa faute, il faudra étudier les lois des jeûnes.
Dire « Anenou » si l’on a oublié et mangé ou pour un malade
Pour un Ashkénaze :
Si quelqu’un a oublié qu’il était en jeûne et a consommé un aliment, s’il a mangé moins de Kazayit, ou bu moins de « Mélo Lougmav », il devra dire « Anénou » comme d’habitude pendant la Amida.
Mais s’il a mangé ou bu au moins ces quantités (et certains disent : s’il a mangé plus du volume de Kotevet), puisqu’il doit continuer à jeûner, il devra aussi dire « Anénou » mais il dira « Béyom Tzom Hataanit Hazé » au lieu de « Tzom Yom Taaniténou ».
Cette loi ne s’applique pas aux Sépharades qui disent toujours, de toute façon, la formule de « Beyom Tzom Hataanit Hazé ».
Un malade qui a le droit de manger ou un enfant qui ne jeûne pas ne dira pas « Anénou » du tout.
Règles de Tisha Béav pour les jeûnes de l’année
Le Michna Beroura (סי' תקנ ס"ק ו) a écrit : "Et une personne pieuse devrait appliquer les lois des [quatre] jeûnes comme à Tisha Béav". Par conséquent, concernant :
Se laver et s’oindre d’huile ou de crème :
Selon la loi stricte, cela est permis.
Ce qui est permis pour tous est de se laver, le visage, les mains et les pieds à l’eau chaude ou tout le corps à l’eau froide.
Les Ashkénazes ont la coutume d’être stricts et de ne pas se laver tout le corps à l’eau chaude.
Les personnes particulièrement pieuses seront strictes de ne pas se laver du tout pendant le jeûne (depuis la veille au soir du jeûne) et même pas à l’eau froide. De la même manière, elles seront strictes de ne pas s’oindre du tout.
Manger la veille au soir du jeûne : Il a été expliqué précédemment qu’en pratique, même les personnes pieuses sont indulgentes à cet égard.
Relations conjugales : Selon la loi stricte, cela est permis. Une personne pieuse devrait se montrer stricte même la nuit précédant ce jeûne [à moins que cela tombe le soir du Mikvé].
Porter des chaussures en cuir : Lorsqu'elle marche dans la rue - même une personne pieuse ne devra pas se montrer stricte à ce sujet, car cela est fait en public et peut être considéré comme de la vanité, apparaître ridicule et être source de moquerie. Mais à la maison, une personne pieuse devrait se montrer stricte de ne pas porter des chaussures en cuir la veille au soir ou pendant la journée du jeûne, comme lors du 9 Av.
Lois de la sortie du jeûne
Il est permis de manger de la viande et de boire du vin à la sortie du jeûne.
(סי' תקנח ס"ק ה, ועי' סי' שלד ס"ק עט)
Manger avant la prière d'Arvit
Après la sortie du jeûne, il est permis de manger, même avant la prière d'Arvit. Mais puisqu'on ne bénéficie pas de la permission liée au
« Minyan fixe » qui existe les jours ordinaires [car dans la plupart des endroits, il n'y a en général, pas de Minyan fixe pour la prière d'Arvit plus tard que la sortie du jeûne] — par conséquent, il faut veiller à ne pas manger de pain ni d'aliments de type "Mezonot" plus qu'un Kabeitsa (le volume d'un œuf), et de même ne pas boire de boissons alcoolisées plus qu'un Kabeitsa, mais pour les autres choses, il est permis d'en manger même beaucoup.
Si l'on veut manger du pain ou des gâteaux plus qu'un Kabeitsa, on doit demander à un gardien qui ne mange pas de nous rappeler de prier ensuite, ou régler un réveil sur lequel apparaîtra explicitement « Lecture du Shema et Arvit ».
